À L’ATTENTION DES SAGES
•••L’homme qui réussit est celui qui s’arrête, tel est le slogan que nos pères et la civilisation nous inculquent dès notre plus jeune âge. Ailleurs, nous trouvons cette même pensée lorsque la bible affirme dans son livre des proverbes (chap. 9) : « La Sagesse a bâti sa maison, elle a taillé ses sept colonnes […] des hauteurs de la ville, elle proclame : Qui est simple ? Qu’il passe par ici ! À l’homme insensé elle dit : Venez, mangez de mon pain, buvez du vin que j’ai préparé ! »
•••Réussir ses études, faire carrière, fonder une famille puis, s’arrêter là. Dans une vie propre et bien organisée, où même le plaisir sera administré et encadré dans une sage planification de ses loisirs. Tel est le rêve secret de la majorité des hommes et des femmes. C’est pourquoi, le couple trentenaire, jeunes parents dynamiques dévoués au travail, à la famille et à la société, s’en va, dans une logique implacable bâtir son projet immobilier ! Le couple taillera les colonnes qui abriteront la sagesse de son but atteint : la maison. Le nid douillet est la juste rétribution à son obéissance scolaire, à son respect de la tradition familiale et à sa soumission aux lois du travail. On plantera la haie autour de sa propriété. Puis on fermera définitivement la porte à l’adolescent chez qui l’énigme de la vie résonnait en des rêves insensés.
•••Comme il est tentant et même quasiment impossible de faire autrement ; fermer la porte derrière soi à l’énigme irrésolue du « pourquoi de l’homme » semble être le destin de tous. Et pour celui dont l’écho de cette énigme tinte encore dans l’âme, les hommes ont trouvé une solution idéale : la religion. Quelques activités religieuses et le culte dominical auront donc l’honneur d’être une des colonnes soutenant la maison des sages. Aussi fermera-t-on la porte en toute bonne conscience, certain que l’énigme de la vie est gravée sur cette sainte colonne, et qu’elle assure à la maison de n’être jamais détruite par le feu d’un jugement…
•••D’ailleurs, fermer la porte derrière soi est légitime. De grands noms ont eux-mêmes abdiqué devant cette recherche si harassante. Nous voyons Gœthe dans son Faust affirmer : « J’ai étudié, hélas, la philosophie, le droit, la médecine et — je regrette de devoir l’avouer — également la théologie, j’y ai consacré loisirs et efforts — et me voici, pauvre imbécile, aussi sot qu’au départ. » Ailleurs nous dit André Néher, le livre du Zohar prévient aussi sur la difficulté de se lancer dans une telle recherche : « Qui est au ciel ? Quoi sur terre ? Qui au-delà du ciel ? Quoi au-dedans de la terre ? Béréshit — au commencement — balancent ces deux questions, et l’homme est tendu entre les deux. […] Voici l’homme : il a l’audace de soulever la question, il scrute pour contempler, pour connaître. Dans la contemplation et la connaissance il avance progressivement, degré par degré, jusqu’au degré ultime. Et, soudain, arrivé en ce point ultime, il se heurte à la question : Quoi ? Quoi donc ? Que sais-tu maintenant ? Qu’as-tu contemplé maintenant ? Qu’as-tu scruté ? Tout est aussi fermé qu’au départ. » Et Flaubert, dans son Bouvard et Pécuchet, de résumer ainsi cette terrible angoisse : « Oh ! le doute ! le doute ! j’aimerais mieux le néant ! »
•••En effet, qui veut bâtir la maison de sa sagesse et s’arrêter sur un sol ferme se doit avant tout de s’attaquer au doute, ce maudit doute ! C’est-à-dire qu’il devra devenir « un certain ». La preuve le justifiera ; sa doctrine religieuse ou sa théorie de la connaissance, qu’importe… Tant que ses colonnes sont ainsi coulées au béton de la preuve, le sage n’imagine pas que la terre puisse trembler et que la vie ait l’audace de le viser, lui directement — en pleine gloire ! Qui serait d’ailleurs assez fou pour établir le doute en colonne dans l’architecture de sa maison ?
•••J’ai moi-même essayé. Et j’ai vu à maintes reprises ma maison s’écrouler. Autant de fois je la rebâtissais, autant de fois elle s’écroulait ! Tant que je m’obstinais à conserver la colonne du doute, tout s’écroulait toujours. Changer la structure des autres colonnes n’y fait rien. Il faut tuer le doute, il faut cesser d’interroger ! Il faut entrer dans la croyance, dans l’envoûtement de la conviction où l’on fait semblant d’adorer l’autre pour cesser de le connaître. Il faut s’arrêter de chercher. Ainsi fait celui qui a trouvé et mis à nu le mystère des siècles : il donne un nom à la vérité dernière, il fait entrer le dieu dans la boîte, l’imprévisible dans le prévisible, l’infini dans la limite. Je n’ai pu m’y contraindre. Dès le début il m’a semblé entendre qu’à l’affirmation : « Il faut s’arrêter car telle est la vérité », on me répondait : « Le diable parait bien pâle auprès de celui qui dispose d’une vérité, de sa vérité. » (Cioran)
•••Que celui qui s’arrête est heureux ! Comment ne pas désirer sont statut ? Encore aujourd’hui, il m’est souvent terrible de vivre ainsi — sans lieu où reposer sa tête, tandis que « les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel des nids ». D’autant que, le temps passant, les fous vivant ainsi, sous la tente, se font si rares. Les croyances sont légions, leurs vérités ne cessent de se reformuler en de belles bâtisses, faisant aujourd’hui de plus en plus cause commune. La symbiose « œcuménique », du nom de « paix », taille les colonnes d’un futur totalitaire. Tout nomade qui interroge est accusé de crime contre la sagesse et aussitôt relégué dans les déserts. Là, seul l’écho du désert lui offre l’espérance d’être entendu.
•••Où est donc l’avantage à devenir nomade me direz-vous ? Oserais-je vous répondre ? Car si je vous dis que tel est le statut de l’homme quand celui de la bête est de s’arrêter, je sais que vous me répondrez que je blasphème. N’est-ce pas ? Aussi, me plaît-il de laisser résonner ici une autre voix, russe. Car voyez-vous, alors que Dostoïevsky écrivait cela dans la correspondance à son frère, laissez-moi penser que le mot « frère » s’entend précisément à propos de l’homme, non de l’animal et son nid :
« Je n’ai qu’une visée : être libre. J’y sacrifie tout. Mais souvent, souvent, je pense à ce que m’apportera la liberté… Que ferai-je, seul parmi la foule inconnue ? […] Je suis sûr de moi. L’homme est un mystère. Il faut l’élucider et si tu passes à cela ta vie entière, ne dis pas que tu as perdu ton temps ; je m’occupe de ce mystère car je veux être un homme. »
Ivsan Otets

Vous me faites penser au personnage du chevalier
D. | 29 mai 2010 |Vous me faites penser au personnage du chevalier dans Le Septième Sceau de Bergman (de retour de Croisade, rongé par le Doute) observant la Sainte Famille évoluer sur le gazon ensoleillé, vision divine à laquelle il se sent totalement étranger... étant devenu Celui qui cherche.
Vos billets sont impressionnants. Bourrasque glacée mais qui vivifie; de l'eau froide (en été). Pourtant ils me communiquent toujours la mélancolie et la sourde tristesse du Rejeté, homme scrutant le ciel les yeux grands ouverts, battu par la tempête. Mais... et la confiance en Dieu? La chaleur des disciples rompant le pain? Les disciples sur le chemin d'Emmaüs étaient deux, et leurs coeurs brûlaient à tous deux lorsqu'ils étaient en compagnie de Jésus. Cet aspect-là me manque à la lecture de vos billets forts intéressants. (Mais je lis peut-être très mal).
Certes, le Fils de l'homme n'avait nulle part où poser la tête et Il savait ce qu'il y a à l'intérieur d'un homme... Pourtant il en a supporté des hommes, lors de son passage sur terre, il en a même aimé. La Liberté est douloureuse, exigeante, ingrate. Mais l'Amour (dans toute sa profondeur divine ET humaine, avec toutes ses contraintes insensées, comme par exemple en 1 Corinthiens 13) ne l'est pas moins. Rester vivifié, ne pas se lénifier, est vital - pardon pour le slogan. Mais Dieu, sans être un poêle de campagne, réchauffe aussi le coeur de l'homme, à Sa manière insensée. C'est le paradoxe de la Liberté et de l'Amour qui me semble être la folle visée du pèlerin. Mais je n'en suis pas sûre!
Fraternellement.
Je vous remercie pour ce commentaire. J’entends
i.o. | 29 mai 2010 |Je vous remercie pour ce commentaire.
J’entends bien ce que vous dites à propos de l'amour, et je dirais même qu’il reflète bien ce leitmotiv qui peut-être plus que jamais colle à la peau de notre siècle.
Le passage de corinthiens que vous citez tombe à propos d’ailleurs. J’aurais l’impression de faire une lapalissade en disant qu’il se situe précisément après le chap. 12 et avant le 14… et pourtant. Peut-être qu’en le lisant ainsi il n’aurait jamais eu le monopole lors des cérémonies de mariage en tout genre. Cet entre-deux de Paul est en effet le lieu des gonds de la porte — ici l’auteur ferme une porte et en ouvre une autre ! Les dons de l’esprit sont imparfaits dit-il, non pas l’esprit, mais les dons. Ils sont à l’enfant, tandis que l’adulte tend à autre chose. Son fameux « condensé » de ce qu’est l’amour raisonne d’abord d’un ton très moral : patience, bonté, envie, orgueil, honnêteté, justice…
Pourquoi cette mise en avant à propos de l’amour du « tu ne convoiteras pas » des tables de la loi ? Parce que l’exercice des dons était vu à Corinthe comme la manifestation de l’amour de dieu, de sa chaleur, de sa bénédiction. Les chrétiens là-bas traduisaient ces dons comme une réponse à combler leurs désirs et intérêts terrestres. Ils étaient en train de tourner l’amour divin en l’expression de leurs Egos, en cet appétit trop humain qui consiste à lénifier la chair. Ils exigeaient du divin une réconciliation avec leur chair : que l’amour les délivre de leurs infirmités et échardes afin de pouvoir jouir et s’épanouir au bonheur de Dieu. Paul, dans un premier temps, remet l’Ego à sa place de manière cinglante : Les dons sont pour l’autre, non pour ton intérêt. Puis, partant de cet élan d’abord moral il en vient à l’essentiel de ce qu’est l’amour, c’est-à-dire le sacrifice.
Aussi se plaît-il à dire que les dons sont l’expression de l’enfance tandis que l’adulte s’en va vers l’expression divine parfaite qu’est le sacrifice. Or, nous savons vous et moi ce que l’apôtre vise : c’est la croix du Rejeton Rejeté et méprisé des hommes. C’est ici que l’amour a sa plus belle expression, c’est ici que résonne « le royaume des cieux seul » dont je me plais à faire le symbole de la confiance en Dieu.
La chaleur des cénacles et des repas amicaux ne manque pas, tant dans les nombreuses religions que parmi les innombrables communautés, diverses et variées, où les hommes se regroupent derrière une passion commune. Quant à l’évangile des dons et bénédictions terrestres, ils s’étalent aujourd’hui sur la place publique dans une concurrence ardue : l’évangile des guérisseurs, l’évangile des prospères, l’évangile d’un roi qui vient régner sur terre avec son peuple, etc. etc.
Je n’ai pas comme volonté de rajouter un évangile terrestre aux autres que les apôtres de lumière proposent ici et là. J’ai le désir d’exciter le christianisme établi à tendre vers ce qui est parfait, à quitter cette enfance lénifiante d’un Dieu gâteau plutôt risible qu’autre chose. Bien plus, je m’alarme et je veux alarmer quiconque aujourd’hui relègue le sacrifice, la peine, la souffrance à une expression mineure de l’amour. À l’instar d’Ellul qui parle de l’abandon de Dieu dans son « Espérance oubliée », je vois ce temps de cet abandon s’approcher à grands aux portes des églises. Le refus du christianisme par André Neher était fondé sur cette absence d’espérance précisément. Le chrétien ne la connaît plus tant il est comblé de dons dans cette société qu’il a enfantée. Face à ce « messie immédiat du christianisme établi » s’oppose le « crédit que l'obstination juive accorde au silence et à la promesse : Pas encore s'écrie le Juif ! » Ce « pas encore » a été coulé au feu du rejet, du mépris et de la persécution. Mais le christianisme a été lui victorieux et règne depuis des siècles !
Aussi, lorsque vous dites avec raison que « la Liberté est douloureuse, exigeante et ingrate. Mais que l'Amour ne l'est pas moins », je ne comprends pas dès lors comment vous pouvez ensuite parler d’un « paradoxe entre l’amour et la liberté ». À moins que le sacrifice de l’amour ne consiste qu’en son superflu et non son nécessaire. Mais si l’amour doit être prêt à sacrifier — librement — jusqu’à ce qui nous est le plus cher, ce que nous serrons dans nos bras au quotidien, alors l’amour et la liberté ne sont qu’une et même chose : Le parfait qui vient après, après l’enfance. C’est ce message-là qu’annonce l’Évangile : l’homme parfait, non pas l’homme à la tétée éternelle. Si le messie ne vient pas après, il n’est pas le messie ! C’est ainsi me semble-t-il que le mot fraternité retrouve tout son sens, non pas lorsqu’il est clamé à la va-vite au sein d’une foule extatique, mais lorsqu’il est vécu entre 2 hommes sur le chemin, ou encore au sein d’un petit groupe d’une douzaine à peine, là où chacun connaît combien ce lien est enraciné aux cieux, dans un monde-à-venir plutôt qu’ici-bas, là où la vraie couronne ne peut qu’être d’épines. Comment faire le reproche à ces frères-là de refuser les fraternités des couronnes de papier, celle des succès permettant au pèlerinage de s’arrêter dès les premiers applaudissements.
Ainsi, croyez-le, je vous salue avec le cœur.
Je vous remercie pour cette réponse qui prolonge
D. | 30 mai 2010 |Je vous remercie pour cette réponse qui prolonge ma réflexion et personnalise l'enseignement que vous proposez ici, un privilège!
C'est bien à cette fraternité dont vous parlez au dernier paragraphe que je pense, comment peut-il en être autrement ici-bas? Il est déjà parfois difficile à deux amis de s'accorder. Je n'ai pas lu Ellul - mis à part les extraits que vous proposez ici, qu'il faudrait que je relise d'ailleurs. Sans vouloir exagérer, je crois percevoir ce que vous défendez (/proclamez sur ce blog?) ainsi que le genre de procès que la majorité des chrétiens au sens large seraient à même de vous faire. Il y en avait peut-être quelques reflets dans mon commentaire précédent. Je précise donc que je ne milite pas en faveur de la positive attitude et d'une lumière galvaudée, car conçue par l'esprit humain. Toutefois, je ne nie pas être certainement exposée à ses influences.
Pour illustrer cette chaleur dont je parle, je citerai les éclairages à la bougie des tableaux de de La Tour; ce serait un face-à-face intime avec le Rédempteur, non pas la chaleur animale dont l'homme a naturellement besoin (celles des cénacles dont vous parlez). Même si effectivement amour et liberté se rejoignent - et sagesse, et justice...(tous les attributs de Dieu se rejoignent en Lui, n'est-ce pas?) - et partagent la même qualité d'exigence, sont-ils pour autant identiques? Qui dit rejoindre dit chemin à faire... J'espère ne pas m'étaler en sophismes. Etant encore au stade de l'enfance, je dois procéder par étapes! Je donnerais comme définition de l'amour le sacrifice de soi. Quant à la liberté...une sorte de lucidité?
Aimer est juste, la justice rend libre et sage. La "richesse divine" distingue toutes choses, je dirais en un même mouvement d'individualisation et d'alliance.
Pour en revenir à l'amour, puisque c'était le petit argument que je vous soumettais (bien maladroitement), oui, couronne d'épines, oui, miséricorde, oui, espérance de Dieu, effusion de Dieu, sacrifice et partage, comme vous le faites sur ce blog par exemple. Mais je suis en train de vous faire le procès habituel alors je m'arrête bientôt. Vos billets suffisent. Vous essayez de contrebalancer la foule surexcitée et j'essaie de contrebalancer ce balancement: absurde! Alors pour en finir avec le "rappel" de l'amour (et préciser ma pensée, pour moi?) l'amour de Dieu comme le rayon de miel qui ouvre les yeux lorsqu'on est trop fatigué. Une image à nouveau lénifiante. Bon. Je vois bien que je parle du réconfort de Dieu, de la tétée.
J'imagine que mes interrogations sont suscitées par la peur de cet absolu, du vrai Dieu.
Cette caractéristique judaïque de la recherche, je l'ai notamment appréciée chez un poète yiddish américain (dont je suis incapable de me rappeler le nom). Cette patience et cette obstination, la lenteur contre-nature, la contemplation et le questionnement. L'homme a peur du vide, il a le vertige. Un cliché. Un autre: qu'il est douloureux de grandir!
Est-ce qu’aimer est juste ? Lorsque Carmen (Bizet)
i.o. | 30 mai 2010 |Est-ce qu’aimer est juste ? Lorsque Carmen (Bizet) lance :
L'amour est enfant de Bohème,
il n'a jamais, jamais connu de loi,
si tu ne m'aimes pas, je t'aime,
si je t'aime, prends garde à toi !
À ce : « si je t’aime, prends garde à toi », toute mère répondra : « Si je t’aime, moi je te garde. » Mais que dit le christianisme ? Dira-t-il comme Carmen ou comme la mère ? Dès le début des Écritures, Dieu ne donne-t-il pas le ton en soumettant l’homme à la tentation ?
De là Kierkegaard synthétise toute la révélation biblique en 3 mots : « L’angoisse est le vertige de la liberté. » Dieu pousse l’homme aux abords de ce vide, devant sa propre liberté qui lui est donnée pour être ce qu’il veut être. Mais le propre de la mère est de préserver l’homme de ce vertige, de l’en écarter, et cependant, elle n’y parvient jamais. La nature veut que l’enfant grandisse et qu’il « veuille » par lui-même, hors de la volonté des parents. S’affirmera-t-il ? Ou ne s’affirmera-t-il pas ? Ou encore, fera-t-il le terrible compromis ? C’est-à-dire fabriquer une religion maternelle, là où l’enfant grandira sans s’affirmer hors des cadres dogmatiques de la religion, là où il deviendra un autiste spirituel. Ou bien brisera-t-il ces cadres ?
S’il assume sa liberté, s’il brise les cadres de la tradition, il ne sera plus connu de la mère. La mère ne voit que l’enfant et elle désire le garder dans les limites de son expérience de mère. C’est-à-dire dans ses justes règles du bien et du mal, celles qui ont protégé l’enfant tout en limitant de sa liberté. L’adulte se devra donc de renier sa mère, bien qu’il reconnaisse ses valeurs comme utiles à l’enfant qu’il n’est plus. Il devra se tourner vers un autre amour. Cet acte sera bien entendu regardé comme injuste aux yeux de la mère, car il ne la rétribue pas de l’affection portée durant tant d’années. La mère devra même persécuter celui qu’elle a aimé. Car elle ne voit pas en lui ce nouvel être, né de nouveau, selon cette liberté invisible qu’il revendique. La loi du bien est aveugle parce qu’elle est trop juste, trop parfaite, et dans son essence sans humanité.
Où donc l’adulte trouvera celui qui le connaît dans sa liberté ? Qui le connaîtra et reconnaîtra sa liberté ? Vers celui-là même qui dès le départ le livra à sa liberté, à ce vertige : le Père. L’enfant devient fils. L’amour du père a donc été injuste envers la loi et envers l’Église. L’une et l’autre ne lui servirent que de matrice pour éveiller la conscience de l’enfant à sa propre liberté, afin qu’il rentre en lutte contre une « juste bonté collective » qui exige de lui l’obéissance avant tout, afin qu’il recherche un amour qui n’exige pas, mais le pousse au contraire à être au-delà des possibles de la loi et de la communauté. Désormais, le fils n’est-il connu que de son père ? Certes non, il l’est aussi de frères qui eux aussi sont engagés dans cette folle lutte — la foi. Et cependant, ces frères, tout comme lui sont sans religion, sans églises et sans terre. Ils sont dans l’incognito car ce qu’ils sont ne peut être incarné ici-bas. C’est une vérité à venir, le messie est toujours à venir sinon il n’est pas le messie. Telle est toute la difficulté du christianisme : un vie de bohème où s’arrêter n’a qu’un seul et unique synonyme : ressusciter.
L'Église (les églises) servirait donc de
D. | 31 mai 2010 |L'Église (les églises) servirait donc de pouponnière pour les chrétiens? Comment se traduit cette vie de bohème dont vous parlez? Peut-être devrais-je tout simplement me procurer votre ouvrage. Merci, le chapitre sur la mère me sera particulièrement utile.
Ce n’est pas tant l’église qui sert de
i.o. | 31 mai 2010 |Ce n’est pas tant l’église qui sert de pouponnière, c’est la Loi dans son ensemble qui sert de précepteur à l’homme encore enfant (voir gal.4 par exemple). Et plus généralement, c’est la Raison, c’est-à-dire la logique d’une dualité de type récompenses et punitions. Elle sert à éveiller l’homme tout comme la discipline parentale pour l’enfant. C’est l’allégorie de l’arbre de la connaissance. Devant cette responsabilité de faire le bien, l’homme prend conscience de sa possibilité de liberté… et hélas de son impossibilité à dominer les forces du bien et du mal : il est soumis à la nécessité. Les philosophes grecques aussi ont joué un rôle, car ils ont mis en question la mythologie et donné à la raison l’opportunité d’être tuteur de l’homme. Plus prêt de nous, les Lumières ont aussi eu un rôle similaire.
C’est ici l’« évolution » humaine qui détrône les idoles de leurs règnes, mais pour les remplacer par d'autres idolâtries ; ici de la morale et les dogmes émanant de la raison, ailleurs d'autres émanations telles que les idoles de la technologie ou des sciences. De même l’église. En reformulant l’évangile dans une règle de conduite morale inspirée de la tôrah, le christianisme établi est devenu une espèce de copie de synagogue. L'église amalgame le message du monde-à-venir (le royaume des cieux) avec l’obéissance aux lois du bien et du mal ou encore avec une mythologie des saints et d'extases diverses. Ainsi font toutes les religions ayant récupérées l’évangile : catholicisme, protestantisme, orthodoxie… et même tous les autres courants tels que les TJ ou les Mormons… et que sais-je encore. Pour toutes, l’obéissance se mêle à la foi. De fait, la foi perd sa prérogative et la liberté redevient conditionnelle alors que l’évangile l’offre gratuitement en pardonnant au-delà de la raison.
La métaphore d’une vie de « bohème » que représente le fait de vivre par la foi ne peut donc être enseignée telle une doctrine pour tous identique, partout et toujours. Seul demeure le fondement du Christ. C’est à chacun de faire la découverte de son propre chemin. De là vient que la fraternité n’est plus enclose dans une administration ecclésiale mais va prendre la forme d’incarnation du moment, de la culture et des circonstances aléatoires, des rencontres et des liens que les uns les autres établissent entre eux sans craindre le continuel changement. En somme, la tragédie de l’église est qu’elle meurt au contact de ce qu’elle prêche (barth). Le message de l’évangile est utopique (d’un autre lieu) puisqu’il vise un « Après » qui vient ; toute tentative de le stabiliser l’ampute en proportion de cette fixité même qu’on lui impose, jusqu’à devenir le contraire de ce qu’il devait annoncer au départ. En effet, dans l’opuscule Akklésia je synthétise cette pensée ; partant de la Genèse je rejoins le NT.
mes amicales salutations
J'entends bien que "vivre par la foi" ne
D. | 31 mai 2010 |J'entends bien que "vivre par la foi" ne s'enseigne pas telle une doctrine (et pour cause!). J'aimerais continuer à vous questionner, si cela ne vous dérange pas. La Loi, exprimée, imposée par des avatars de la mère (reformulée par l'église), provient du Père mais n'est qu'une étape formatrice, à dépasser donc. C'est bien cela?
Vous avez dit quelque part sur ce site que vous étiez pour une réflexion métaphysique sur le christianisme (de mémoire). Je trouve cela intéressant; je découvre peut-être l'eau chaude. L'homme fait, dont parle Paul, l'homme libre donc, sevré de sa mère, n'a-t-il pas lui-même parfois besoin d'enseignement sur son chemin? Ainsi, il y aurait un moment où le chrétien se retrouverait définitivement affranchi de son précepteur? A savoir l'église et les doctrines d'église où il a appris les rudiments de la vie chrétienne.
Sans être un lieu où des lois sociales, des doctrines, etc. seraient imposées, l'église, telle la synagogue, ne pourrait-elle pas au sein de son imperfection servir comme lieu de réflexion, de débat métaphysique justement? Je réfléchis à voix haute, je me le permets au vu de votre patience. Quels seraient le fardeau léger, le doux joug de Jésus dans cette perspective akklésiale?
Sorti du cadre, l'homme est pourtant toujours soumis à la nécessité car la Loi ne permet pas de dominer les forces du bien et du mal, c'est donc au moyen de la foi qu'il obéit à Dieu?
Comment parleriez-vous du message de l'Évangile? Quel est-il pour vous?
Sincères salutations
Vos questions sont riches et intéressantes et
i.o. | 02 juin 2010 |Vos questions sont riches et intéressantes et dénotent indéniablement d’une recherche sérieuse. Toutefois, l’opuscule Akklésia que je propose permet d’éclaircir des points que vous abordez. Je l’ai précisément écrit pour synthétiser mon propos face à des questionnements tels que les vôtres. Je ne manque pas de courage, ni de bonne volonté devant votre intérêt, mais de temps, comme chacun d’entre nous. Aussi je vous propose de le lire, puis éventuellement de rester ensuite en contact par mail pour échanger nos réflexions. Si toutefois quelques gênes légitimes sont susceptibles de vous priver de passer commande, je peux vous envoyer gracieusement un exemplaire avec plaisir.
Je vous salue respectueusement
Ivsan, n’est-ce pas suréstimer les hommes ? (cf.
Thyl | 08 décembre 2011 |Ivsan, n’est-ce pas suréstimer les hommes ? (cf. l’Inquisiteur des “Frères Karamazov”)
À propos de « quoi » parlez-vous de surestimer
i.o. | 08 décembre 2011 |À propos de « quoi » parlez-vous de surestimer l’homme ?
excusez-moi, je vais essayer de m’expliquer.
Thyl | 11 décembre 2011 |excusez-moi, je vais essayer de m’expliquer. L’homme ne craint-il pas par-dessus tout cette Liberté que le Christ propose d’assumer ? Ne préfère-t-il pas l’obéissance, en tant qu’être naturel, à un Ordre supérieur du monde ? Il me semble que vous proposez de sortir de l’Ordre, du cadre, or, il n’y a que très peu de gens capables de supporter cela, je pense. Et d’ailleurs, sortir du cadre - n’est ce pas déjà un nouveau cadre…
La liberté ne peut-elle pas s’exercer à l’intérieur des cadres ?
Ce sont les questions qui me viennent à l’esprit en parcourant votre blog. Elles sont peut-être naïves… Je vous salue respectueusement.
Oui, en effet, les hommes préfèrent obéir à
i.o. | 11 décembre 2011 |Oui, en effet, les hommes préfèrent obéir à l’ordre naturel du monde. Cet ordre qu’ils nomment « supérieur » bien qu’il soit en vérité inférieur à l’homme. Pourquoi ? Parce qu’il est un ordre angélique, c’est-à-dire celui de la raison, de la logique, des récompenses et des punitions — de la conscience somme toute. En tant qu’animal intelligent, l’homme le voit comme supérieur, mais en tant qu’Homme, il lui est inférieur ! C’est pourquoi il est question des « anges » qui donnèrent la Loi à Moïse, lequel eut à cet instant le visage qui brillait, cela pour signifier que cet ordre est supérieur à cet homme encore naturel, lequel n’est là qu’un « animal intelligent » en devenir. C’est cette même lumière qu’on retrouve chez les Grecs, qui, avec leur puissance de raisonnement ont amoindri les mythes antiques en réalités intellectuelles ; encore celle-ci qu’on retrouve durant le Siècle des lumières en Europe, laquelle annonça la démocratie, soit donc, la séparation du politique et du religieux ; et encore aujourd’hui nous la retrouvons dans les « prodiges » de la Science et l’espoir d’un monde guéri par ses connaissances.
En affirmant que le religieux, c’est-à-dire l’obéissant, est la nature propre de l’homme (qu’il soit issu de la morale religieuse, de la raison puritaine ou de la science… peu importe), vous rappelez en effet le discours du grand inquisiteur de Dostoïvky. Le pape, darwin ou le démocrate ne font que proposer aux hommes ceux qu’ils veulent : obéir à une évolution de l’‘animal vers l’animal intelligent, c’est-à-dire vers l’homme obéissant, le civilisé. Vous avez donc raison sur votre regard sur l’homme selon moi.
Par contre, dire que peu d’hommes sont capables de supporter l’autre voie, l’Exode de l’obéissance, c’est dire une chose fausse, car aucun homme n’en est capable, et nul ne le veut. Le vouloir, qui est cette capacité en train d’émaner, c’est le commencement de la révélation. Or, le Christ a osé prétendre détenir en Lui le pouvoir de cet affranchissement, lequel pouvoir ne repose plus sur l’évidence qu’offrent la raison, la science ou la morale, mais sur la Foi seule. Or, que le Christ prétende détenir un tel pouvoir, je n’en attends pas moins de Dieu, je n’attends pas moins de Dieu que cet impossible — précisément.
Enfin, pourquoi dire que sortir d’un tel cadre serait toujours enter dans un nouveau ? Car sortir du cadre naturel, cela signifie, je parle en adéquation avec la nature de Dieu — d’entrer dans l’infini : « Rien ne vous sera impossible » dit-il en parlant de ce monde-à-venir. C’est pourquoi Dieu est adomgatique, irréligieux et anarchiste, dans le sens de « sans commandements », sans limites, sans cadres. Et tel est l’Homme ! je veux dire le fils de l’homme. Tandis que l’homme naturel, lui qui est fait à l’image de la nature du monde, c’est-à-dire des forces naturelles duelles, cet homme-là est l’incarnation d’un leurre de la liberté. Pourquoi ? Parce qu’ici la liberté consiste à faire Un avec le cadre, Un avec la limite donc, c’est être en communion avec le commandement, c’est la béatitude de la raison disait Spinoza, ou la félicité du brahman dirait aujourd’hui l’hindouiste. C’est ainsi qu’est l’ange. Il est la conscience irrémédiable, la perfection, aussi ne peut-il voir le visage de Dieu, il ne peut voir la liberté, il est dans une crainte parfaite du divin dont il ne saisit pas l’infinie volonté, seule l’immortalité lui est envisageable, une obéissance éternelle. L’ange est un craignant-dieu accompli, il est le rêve de l’homme civilisé. Ou, pour le dire à la manière de Kierkegaard : « L’angoisse est le vertige de la liberté ».
En effet, en discourant avec la raison lumineuse, l’homme reçoit d’elle cette angoisse de la liberté. Il n’a donc plus qu’une liberté possible à l’intérieur du cadre, ou à l’intérieur d’un autre qu’il se fabriquera à partir des mêmes données de la nature ; une nature qui l’appelle donc à être Un avec elle, avec ses limites, lui parlant de béatitude, soit donc en langage concret : à demeurer mort éternellement. De fait, ici-bas, soit l’homme fait l’ange, soit il se rebelle contre lui et fait la bête. Mais il finit toujours par être mangé par la Nature pour devenir incorporel, incapable d’incarner ce qu’il est. — Mais la sortie que propose le Christ, c’est de faire l’Homme, lequel est plus que la bête et au-dessus de l’ange. Or, pourquoi dire moins que le Christ ? Que celui qui veut dire moins dise Moïse, Platon, Descartes, Bouddha ou encore Lui-même… il y a ribambelle de choix en ce domaine. Par contre, que celui qui disent le Christ accepte que son chemin ici soit étroit, parce qu’impossible, la porte de sortie divine ne concernant que l’individu quant celle de la nature concerne la largesse confortable du collectif.
merci pour ce partage cher ami,
respectueusement, ivsan
Je vous remercie. Ce que vous écrivez est
Thyl | 25 décembre 2011 |Je vous remercie. Ce que vous écrivez est passionnant… Il m’a toujours semblé que Dieu était aujourd’hui sous respiration artificielle… c’est maintenant comme si on Lui permettait pour ainsi dire de vivre de nouveau parmi nous… Pourtant je n’y comprends rien, il me semble que vous ne vous adressez qu’à une poignée d’êtres humains, et que le reste est perdu… Qu’est ce que Dieu attend de nous ? Pardonnez moi Ivsan, je vous aime bcp, c’est pour ça que je me permets de vous questionner…
Ne vous excusez pas de questionner Thyl, je crois
ivsan | 25 décembre 2011 |Ne vous excusez pas de questionner Thyl, je crois que dieu aime les hommes de question bien plus que les hommes sculptés de réponses. Je vous comprends cependant, j’ai moi-même d’innombrables questions, et je sais en outre qu’une réponse donnée est toujours l’ouverture vers d’autres questions. Aussi la tentation de s’arrêter, de dogmatiser un système de réponses afin de trouver la tranquillité, cette tentation est toujours là, malicieusement en veille. N’est-ce pas cette malice-là qui aurait tendance à vous accuser d’être un de ces bien-aimés questionneurs ? Me permettrez-vous de vous conseiller de ne pas craindre cette malice et de lutter contre elle ?
·
Car enfin, la passion pour dieu n’est autre que la passion pour l’infini des possibles, pour reprendre Kierkegaard, aussi n’est-elle pas la passion pour un système raisonnable de dogmes. De là, croire contre la raison est un martyr disait encore ce philosophe, et c’est cependant cette foi-là qui émane du dieu de l’impossible.
Cela me rappelle cette sentence du talmud que je reprends de mémoire : « Ne demande pas ta route à un homme lorsque tu es dans une ville étrangère, car il se pourrait qu’il te l’indique et que tu ne puisses te perdre. » Cela en référence à Abraham « qui partit sans savoir où il allait ». Or, tel est suivre le Christ !
·
N’êtes-vous pas heureux si vous commencez à dire : « Je n’y comprends rien » — N’êtes-vous pas précisément en train de vous perdre en dieu, c’est-à-dire d’aller sur son chemin ? De plus, le « qu’est ce que Dieu attend de nous ? » devrait plutôt être formulé en « qu’est ce que Dieu attend de moi ? » Toute réponse collective n’appartient qu’aux dieux de la nature, mais au dieu de l’impossible ne sont que des réponses individuelles. Or, une réponse individuelle n’est connue et n’est donnée qu’à l’individu concerné, et toute personne qui se targuerait de vous l’apporter serait animée d’un esprit divinatoire et d’assistanat, lequel est inhumain. — Qu’est-ce que l’inspiration ? C’est pousser et aider l’autre à cette autonomie personnelle avec son dieu, de l’encourager à prendre son chemin étroit, en ayant bien conscience qu’il est précisément étroit, et que s’il lui paraît trop difficile, le joug de fer de Loi morale lui sera alors imposé, naturellement. C’est ainsi qu’il est imposé à tout individu qui ne se veut que l’exemplaire de la race. Aussi la loi demeurera-t-elle tant que demeurera cet univers des races : hommes, femmes, juifs, grecs, barbares, etc. Puis, viendront les fils de l’homme dont « chacun est seul de sa race » (jacques chardonne)
·
Et en effet, peu d’hommes désirent une telle autonomie, car ils la craignent, ils ont l’angoisse de leur liberté disait encore Kierkegaard. Ils préfèrent suivre le groupe et le collectif. Ils préfèrent les dieux d’une totalité assemblée. Ils sont incapables de concevoir que l’unité n’aliène précisément pas l’homme lorsqu’elle ne concerne que des hommes autonomes — des hommes affranchis des concepts généraux. L’unité n’est glorieuse qu’ici ! L’histoire a de tout temps pourvu à de tels hommes, s’efforçant de réveiller cette tension courageuse vers la liberté qu’ils lisaient dans l’évangile, tandis que d’autres y lisent la soumission au collectif ecclésial. J’ai d’abord puisé en eux, car lorsqu’on n’a plus rien à perdre, on acquiert, comme eux, l’audace de chercher dieu contre les évidences que les siècles ont forgées. N’est-ce pas cela la lutte de Jacob, la lutte contre les évidences disait Chestov.
·
Quant au fait de savoir si le reste est perdu, cette question-là me rappelle la réponse que fit le Christ à Pierre : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. » Vivre et déployer sa passion pour dieu est un programme bien suffisant pour un homme ; pourquoi vouloir encore bâtir le chemin de mon prochain ? Le chrétien n’est pas un bâtisseur, mais un modeste témoin. Les bâtisseurs ont été le malheur de l’évangile durant des siècles, et ils le sont encore avec toutes ces maudites stars de l’évangile, ici politisés et ailleurs mielleux par fausse compassion, mais les yeux toujours avides d’applaudissements. — Le témoin, quant à lui, parle, n’ayant que la parole comme arme, afin que nul ne croit parce qu’il a vu. Aussi cherche-t-il un tant soit peu à témoigner de son amour pour dieu ; et si ce témoignage permet à celui qui entend de se tourner vers le Christ, tant mieux ! Mais que nul ne suive un homme, ni même un collectif — que la fraternité ne soit que des chemins individuels qui sachent se soutenir l’un l’autre, durant un temps, ou un moindre temps, selon les circonstances ; et cela suffit, plutôt que de vouloir sauver soi-même tout son immeuble, tout son quartier ou une nation tout entière…