Quelques pensées en vrac
| DIVERS |—| LES HOMMES |—| LA PAROLE |—| DIEU et LA VÉRITÉ |—| LA FOI |
| LE PÉCHÉ et LE DIABLE |—| LA LOI et LA CONNAISSANCE |—| L’ÉGLISE |
DIVERS
Le hasard est l’allégorie de la volonté, c’est-à-dire de la liberté.
Qu’est-ce que se battre ? C’est choisir.
Malheur à la pensée pour qui l’homme est un média,
à la pensée maître qui prend l’homme pour esclave ;
ces pensées-là sont des détritus qu’il faut brûler !
La mort est une âme qui ne peut plus s’exprimer.
En prison, seul le ciel n’est pas grillagé.
Le jour s’est levé sur le dernier des jours depuis le commencement.
Les mots saignent et souffrent par le silence.
Parole et musique n’étaient qu’un à l’origine.
La mort est la porte de sortie de cet enfer. Et si cette porte n’avait pas été donnée ?
Pouvoir ou vouloir. Avoir ou être.
Le travail est un don fait au singe évolué. Plus il évolue, plus il travaille.
Le sentiment est le commencement de la folie.
Il aboie à la porte et veut sa pâtée de jouissance.
Tu le domptes, il prend des forces ; tu le tues, il repousse en double.
Regarde donc la porte, elle n’est qu’un vide d’air entre toi et lui.
Il n’y a pas de maître en vérité, tu es parfois le chien et lui la pâtée, d’autres fois c’est l’inverse.
Tant que le courant d’air demeure…
LES HOMMES
Avoir une volonté, c’est lutter contre la conscience qui se dévoile.
Être sans volonté, c’est se soumettre à la conscience de toute sa volonté.
Le comble du raté est de réussir, de faire croire qu’il réussit.
Et les plus grandes réussites sont les meilleurs déguisements.
On écrit son histoire avec des mots non avec des faits. Les actes sont du cinéma.
Les hommes réclament des mineurs à gueule d’ange, aux mains propres et au sourire de star.
Mais ces mineurs-là ne trouvent nul trésor.
Pousser à l’action c’est contraindre.
Les extrémistes du milieu et de la voie médiane sont les plus extrêmes.
Passer du rêve à la réalité, c’est passer du mode expressif au mode de vie,
de la parole aux œuvres, de l’infini au fini.
Le « mon » de l’égoïsme, c’est le « nom » de l’individu à l’envers.
C’est le « Je » à reculons.
Et porter son nom, c’est porter le nom de Dieu, c’est être vêtu.
Le sectaire est un héros à bon marché et le héros est un sectaire qui s’ignore.
La foule est l’incarnation de la force et la force est la vérité de cette humanité.
C’est à la mort que nous naissons et non à la vie.
Nous portons sur notre dos le futur sarcophage de nos propres cadavres.
L’homme a été créé sans naître de Dieu mais pour naître en lui.
Il est en devenir, en gestation.
La plus haute violence de l’homme se donne d’être raisonnable et modérée.
Les couloirs du pouvoir sont les couloirs de la mort.
Le pouvoir protège le pouvoir.
Être libre sans avoir tout ou pouvoir tout, cela rend fou les hommes.
Aussi préfèrent-ils abdiquer leur liberté.
LA PAROLE
Le Christ n’a réalisé qu’un seul miracle en vérité ;
de même que les « dix prodiges » de la sortie d’Égypte n’en sont pas au regard du onzième.
Et quiconque ne veut le voir ne saura jamais lire la Bible et encore moins l’Évangile.
Quand on ne peut dire : « À la révélation et au témoignage »,
on s’impose avec : « À la loi morale et à l’expérience. »
Les mots-espions sont des mots garnis d’une multitude d’yeux ;
puis, les yeux remplacent les mots : c’est ici la subversion de la révélation.
Il y a autant de langues que d’hommes, et un être a sa propre langue avec son propre alphabet.
Un jour, tous comprendront la langue de l’autre sans la parler,
tandis que chacun parlera sa propre langue.
Le Verbe fait chair ! Ne reste donc au corps que la parole.
Ce corps ne peut-il s’exprimer qu’en parlant ? Ne lui reste-t-il rien d’autre ?
À moins que ce reste soit dans l’incognito afin de nous donner du temps pour écouter.
Et si soudain ce qu’il tenait caché s’exprimait, que dirait-il selon vous ?
La révélation a pour nom « insaisissable ».
On ne peut ouvrir une bible comme si on ouvrait Dieu.
Quiconque possède la Parole ne sera pas libéré par elle.
DIEU et LA VÉRITÉ
Comment Dieu fait-il naître ?
Il ajoute un inattendu de sa propre nature à ce qu’il a d’abord créé en dehors de sa nature.
Il déclenche ainsi une séparation.
Ajoutez par exemple une apostrophe au mot « lettre » et vous obtiendrez « l’être ».
Aussi sommes-nous tous des lettres mortes en devenir d’être vivant.
Celui qui veut posséder la vérité sera possédé par le mensonge.
Un Dieu donne la vie ; un Père donne l’être.
Que mon ennemi me serve.
Les plus grands ennemis de Dieu sont ses meilleurs serviteurs.
Un bon serviteur devient toujours un excellent partenaire.
Pourquoi Dieu est-il caché ? Que cache-t-il ?
Religions, mensonges et vérités vivent toujours à l’ombre de Dieu, bien que Dieu soit sans ombre.
Dieu est un unique pluriel. Dieu est plusieurs.
Dieu n’a pas de nom, il a tous les noms uniques.
La justice de Dieu, c’est que finalement, il n’y a pas de justice raisonnable.
Il est vrai que « rien ne peut sortir de rien » et qu’ainsi il ne peut y avoir de Création sans lois.
De fait, création et évolution se rejoignent : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».
Mais si Dieu fait exister à partir de rien, que viennent donc faire les lois dans cette histoire ?
Les dieux séparent le mâle de la femelle, puis l’homme de la femme.
Mais le messie sépare un nom d’un autre nom, une identité d’une autre.
LA FOI
Le chrétien est l’instrument de rien et son malheur consiste à croire qu’il est l’instrument d’un projet.
Le projet ? C’est lui ! Hors de ce fait, il est utile à rien : il est un serviteur inutile.
L’obéissance fait plier et ployer les hommes ; la foi les brise.
L’âme est lasse de commander et réclame l’esprit en qui elle trouve le repos.
Car elle veut faire et elle veut jouir, mais elle ne veut plus décider. Quel esprit, quelle volonté épousera-t-elle ?
Dans les ténèbres, il ne reste qu’une seule chose à faire : prier
La foi est l’aveugle de Dieu, la vue est l’aveugle du diabolique.
Il y a la grâce suffisante qui ne suffit pas, et, il y a aussi la foi incrédule : la foi qui ne doute pas.
La repentance est un souvenir brûlant et amer ici, allant vers son oubli total là-bas.
Le péché est un oubli total ici et la paix, allant vers son souvenir ardent et brûlant là-bas.
Celui qui veut réussir sa vie là-bas la ratera ici.
Ce n’est pourtant pas en la ratant ici qu’on la réussit certainement là-bas.
LE PÉCHÉ et LE DIABLE
L’Église a déchristianisé le diabolique.
Elle a créé son diable, elle l’a personnifié par une lecture littérale de la bible.
Cette résurgence du diable contre le diabolique donne lieu à un retour de l’imagerie païenne dans les églises.
C’est une croyance au diable qui est exigé du « chrétien ».
Kafka avait raison : « Il peut exister un savoir du diabolique mais pas de croyance en lui,
car plus de diabolique qu’il n’y en a ici, cela n’existe pas. »
Pour passer d’un dogme à un autre, le diabolique accomplit, soit des Révolutions, soit des Réformes.
Elles sont le procédé type pour cacher le passage d’une soumission à une autre plus puissante.
Si tu cherches un Dieu insoumis, il va te falloir lutter contre la raison et ses évidences.
C’est le combat le plus terrible.
Le mal est vraiment profond lorsqu’il ne fait pas sentir sa douleur et il est incurable lorsqu’il fait du bien.
Le contraire du mensonge n’est pas la vérité, mais une fausse vérité.
Car la vérité est par-delà et non à l’opposé.
Le contraire du péché, c’est le péché ; de même que le bien et le contraire du mal.
Chercher Dieu dans le bien, c’est chercher Dieu dans l’image négative du mal,
c’est chercher Dieu dans le dos du mal.
Il faut chercher Dieu par la foi, non dans le bien.
Il faut le chercher au-delà des contraires, au-delà du bien et au-delà du mal.
On prétend que le diable aimerait s’incarner dans un corps.
Si tel est le cas, on doit admettre que le jour il y parviendra,
sa plus grosse terreur sera alors de devoir abandonner ce corps dans lequel il se serait incarné.
Or, c’est précisément cette terreur-là qui fait tant frémir les hommes : abandonner le corps au tombeau !
De là, le soupçon qui pèse sur l’homme d’être lui-même le diable.
Le cercueil de la mort, c’est la montre, son aiguille, tel un doigt, c’est la Loi.
Un jour Dieu arrêtera cette aiguille et brisera aussi les tables de la Loi.
Ce sera alors les funérailles des funérailles et moi je dirai à la montre : « Je m’en vais et toi tu restes. »
Le serpent est notre suggestion, nos possibilités selon la Nature observée.
L’Enfer des hommes est plus juste que le Paradis des hommes.
Le mal ? qu’est-ce le mal ? mais c’est son explication !
La régularité dans l’erreur est aisée : l’erreur est notre milieu.
Mais la régularité dans la vérité dernière est impossible.
Effleurer même la vérité suppose l’arrachement à notre milieu, et l’homme ne peut s’y arracher que par bribes.
LA LOI et LA CONNAISSANCE
Dieu a donné la Loi pour confirmer la séduction du serpent,
ainsi est-elle devenue une accusation logique à la droite de l’Homme.
La conscience ne révèle pas la vérité dernière, mais son impossibilité, telle est sa puissance.
Aussi est-elle la connaissance : connaissance de domination et de soumission où l’homme est toujours vaincu.
Anges et démons sont des symboles servant à personnifier les réalités. N’existent que des volontés.
La volonté chaotique se mue dans le temps en volonté mécanique qui la domine et l’ordonne ;
c’est ainsi que le vivant est saigné de sa liberté et meurt.
L’art d’un homme, c’est de choisir ange et démon au plus près de l’actualité dans son vécu ;
et la puissance d’un homme, c’est de les choisir après avoir anticipé le réel.
Mais la divinité d’un homme serait d’en être libre : que la réalité, ce soit lui, ce soit le divin.
La Science a trouvé une tête et cherche un corps. L’avenir du monde scientifique est le robot.
La connaissance doit être vue ! Non pas la toucher, non pas la manger.
La Loi autocrate pour tous, sans exception et sans particularisme, cette loi offerte,
c’est un peu Dieu qui se « diabolise ». C’est Dieu qui donne à l’homme ce que l’homme veut.
Plus j’obéis, plus je m’affaiblis.
Le commencement de la philosophie est la crainte de la raison.
L’ÉGLISE
Non pas abolir l’Église mais la remplir.
La bâtir si haute et si divine qu’elle devienne aussi vitale que le divin.
C’est alors qu’elle est abolie.
Les bâtisseurs d’églises détruisent l’église.
Révélation akkélsiastique.
Seulement embraser doctrines et dogmes.
Un protestant est un catholique réformé.
Un pragmatique picore de son bec la révélation puis la mime.
C’est la grande singerie de l’ekklésia.
La prédication ekklésiastique est généralement une leçon de morale pour adulte.
Plus on y trouve d’humour, plus elle manque de talents pour simuler la révélation.

Ivsan Otets

| Commentaires récents