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Pensées en vrac
Un christianisme sans églises
Éditions Le bruit du temps
Dostoïevsky
LE GRAND INQUISITEUR
Le récit incontournable
•••Karl Barth, lui-même, dira combien son « attention, fut attirée sur ce qu’il faut emprunter à Dostoïevski pour comprendre le Nouveau Testament ». Les indications qu’il en a reçues, dira-t-il, « ont été pour moi des illuminations ». Voici donc le conte complet du Grand Inquisiteur. Je vous propose ici une mise en page du récit en dehors du texte volumineux qu’on trouve aisément sur internet : Les Frères Karamazov. Le chapitre du Grand Inquisiteur se suffit à lui-même, il n’est donc pas indispensable d’avoir lu la première partie du roman. Ce texte, abondamment commenté, est hélas trop peu lu et trop peu connu par les premiers concernés : les chrétiens !
•••Voici cependant un aperçu du contexte : Ivan Karamazov raconte à son frère Aliocha Karamazov (bientôt moine), « le poème qu’il a rêvé » dit-il, et dont il se souvient. Il explique avoir intitulé ce poème le Grand Inquisiteur, et son frère sera son premier auditeur. Le récit imagine le retour du Christ sur terre, au XVIe siècle, à Séville. Mais le Grand Inquisiteur le fait arrêter, puis, la nuit, dans sa cellule, il vient le visiter. Le Christ n’aura pas un mot pour répondre aux reproches de l’Inquisiteur. C’est en particulier sur les trois tentations, auxquelles résista le nazaréen au désert, que s’attarde l’accusation. En y résistant, le Christ aurait perdu l’homme en lui donnant trop de liberté. De ce fait, l’Église, en retirant de nouveau la liberté à l’humanité, réparerait en quelque sorte l’œuvre échouée de Dieu.
Bonne lecture
Heinrich Heine
POÉSIE
QUESTIONS
Près de la mer, la mer nocturne et déserte,
Un jeune homme est debout,
Le cœur plein de chagrin, l’esprit plein de doute ;
Sombre et triste, il interroge les flots :
« Oh ! expliquez-moi l’énigme de la vie,
L’antique et douloureuse énigme,
Sur laquelle tant d’hommes se sont penchés :
Savants à calottes hiéroglyphiques,
Magiciens en turban et barrettes noires,
Têtes coiffées de perruques et mille autres
Pauvres fronts humains baignés de sueur.
Dites-moi, la vie humaine a-t-elle un sens ?
D’où vient l’homme ? Où va-t-il ?
Qui habite là-haut dans les étoiles d’or ? »
Les flots murmurent leur éternelle chanson,
Le vent souffle, et les nuages s’enfuient,
Les étoiles scintillent, indifférentes et froides,
Et un fou attend une réponse. »
————————————
Traduction : Albert Spaeth, Collection bilingue des classiques étrangers, Éd. Montaigne, Paris 1947.
Dotclear · dal canto del trovatore H
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