La soumission
À PARTIR DE DANIEL 4
L’Ancien Testament relate-t-il ici honnêtement l’Histoire, ou au contraire déforme-t-il les faits afin d’authentifier son discours religieux ? Je ne crois pas que cette question soit réellement pertinente, car la conversion religieuse d’un roi n’a rien d’extraordinaire durant l’Histoire ; quant aux religieux qui s’en servent, brodant petit à petit l’événement pour y faire apparaître directement le divin : ils ont toujours été légion. Le roi de Babylone s’est donc peut-être durablement converti au Dieu des Juifs, et peut-être que non ; ou peut-être qu’après avoir fait un rêve troublant, puis, ayant trouvé quelques réponses auprès de sages Juifs, il rendit légitime leur religion parmi toutes celles déjà présentes au sein de sa cour. Un travail historique honnête ne nous dévoilerait finalement qu’une réalité banale, certes utile mais non essentielle ; ce qui compte le plus est ailleurs que dans l’Histoire. L’important est ce qu’affirme le texte sur la personne de Dieu ; et plus encore de savoir en quoi cette conception du divin diffère de celle du Nouveau Testament.
1 · Le Dieu-roi
L’auteur de ce texte dépeint un Dieu beaucoup plus proche de l’Islam que du Nouveau Testament. Tout est axé sur la soumission au Très-Haut et plus particulièrement dans le cadre d’une soumission politique. En effet, Dieu « s’éveille » et envoie son vigilant 13, 23 dès l’instant où le roi Nabuchodonosor déclara l’indépendance de son Empire : « Je l’ai construit par la force de ma puissance et à la gloire de ma majesté 30 » avait-il lancé. Pour la divinité cet événement est intolérable, et il n’est pas question qu’un pouvoir humain ne lui soit pas assujetti ! Aussi sort-il de son silence : le roi sera sévèrement oppressé jusqu’à ce qu’il abdique et dépose sa couronne aux pieds du trône divin. Dieu est tellement confondu avec le politique que la royauté est en définitive l’incarnation même de sa nature et de son être ; de là son identité sous forme de titres officiels : « souverain », « roi », « maître de la royauté des hommes » ; de là encore la nécessité de l’équiper d’une armée céleste. Or, si Dieu est le maître des politiques humaines, il suffira à un État, quel qu’il soit, de confesser sa vassalité au Très-Haut pour recevoir de Lui une légitimité, c’est-à-dire un pouvoir sur les hommes qui sera d’ordre sacré. Ce fut précisément le cas pour Nabuchodonosor, car après sa repentance, nous dit le texte : « il fut rétabli dans sa royauté, et une grandeur extraordinaire lui fut donnée de surcroît 37 ».

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